Economie

L’emploi public n’est pas équitablement réparti dans les territoires

France Stratégie, organisme rattaché à Matignon a publié hier une étude « sur ​la répartition territoriale des emplois publics » : Comment expliquer les écarts observés entre territoires en termes de services et d’emplois publics ? Et peut-on penser une répartition de ces emplois plus homogène ?

Pour mesurer la répartition sur le territoire français des 5,8 millions d’emplois de services publics, une note d’analyse de France Stratégie distingue les « services locaux » dédiés aux usagers de proximité des « services non locaux » adressés à l’ensemble de la population. Les premiers (les services locaux) représentent 3,4 millions d’emplois relevant soit de l’État (écoles élémentaires et collèges par exemple), soit des collectivités territoriales (crèches et voierie au niveau communal, action sanitaire et sociale au niveau des départements, formation professionnelle et lycées au niveau des régions…). Les seconds (les services non locaux) comptent pour 1,3 million d’emplois qu’on trouve dans les ministères et les bases militaires par exemple – c’est l’échelon national –  mais aussi dans les universités en région, ou encore dans les préfectures et les prisons au niveau des départements. Reste 1,1 million d’emplois hospitaliers pouvant être rattachés aux services locaux comme non locaux.

Pour comprendre d’où viennent ces écarts, les auteurs sont « descendus » à un niveau géographique beaucoup plus fin que les régions : les zones d’emploi. Il en existe 320 parmi lesquelles on distingue les zones d’emploi d’Île-de-France, celles des douze métropoles régionales de plus de 500 000 habitants, puis les zones d’emploi urbaines très peuplées, moyennement peuplées et peu peuplées, et enfin les zones rurales.

Premier constat sur la base de ce découpage : le taux d’administration total dépend (en moyenne) de la taille de l’agglomération principale de la zone. Un résultat (attendu) qui ne suffit pas pour autant à expliquer les écarts observés. Certaines zones urbaines peu peuplées affichent en effet des taux d’administration supérieurs à ceux des grandes métropoles, la Lozère ou Sarrebourg par exemple. À l’inverse, des zones urbaines très peuplées comme Mulhouse ou Saint-Nazaire ont des taux d’administration inférieurs au taux moyen des zones rurales. Des disparités qui tendent à desservir les territoires en difficulté : le taux d’administration total est en effet plus bas dans les zones à taux de chômage élevé et plus haut dans les zones à fort potentiel fiscal, constatent les auteurs. Pourquoi de tels écarts ? À ce niveau d’analyse aussi, les calculs pointent l’emploi non local comme responsable (à hauteur de 56 %).

Ils recommandent de se distancer de l’idée d’un transfert « en bloc » de services de l’État de la capitale vers la province, ou plus généralement des grandes métropoles vers les zones à faibles ressources. Il s’agirait plutôt de réallouer progressivement en saisissant deux opportunités : les départs en retraite et l’e-administration. En 2015, 30 % des emplois de services non locaux de l’État étaient occupés par des agents âgés de 52 ans ou plus. La prochaine décennie offre donc une possibilité de transfert au fil de leurs départs à la retraite. Parce qu’elle permet le remplacement de l’accueil physique par des téléprocédures, l’e-administration rend possible, quant à elle, la prise en charge d’un service (interdépartemental ou interrégional) par des zones en difficulté économique ou en déprise démographique. On pense en particulier aux territoires situés au nord du pays et à l’ouest du pourtour méditerranéen qui sont, de plus, relativement moins dotés en emplois publics que la moyenne.

Les écarts de taux d’administration constatés entre territoires justifient de mettre en débat la possibilité d’une réallocation des emplois publics entre territoires. L’équité en termes d’accès aux services publics comme de soutien économique aux zones d’emploi en difficulté y gagnerait.

 

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