Environnement

[Explication de vote] « Ce texte piétine les propositions de la Convention citoyenne »

Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis, est intervenu pour l’explication de vote du groupe CRCE concernant le projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets en discussion actuellement au Sénat :

Il est déjà minuit pour notre planète, l’humain et le vivant.

Le vieux monde est en train de s’écrouler, la planète se dégrade chaque jour de façon irrémédiable, les espèces disparaissent par centaines chaque année, des populations entières voient leurs habitats en danger, voire dévastés, et malgré cela nous regardons ailleurs.

Les catastrophes climatiques ne sont plus des phénomènes isolés et lointains, elles nous touchent plus vite, plus fort et plus souvent, mais nous regardons ailleurs.

Selon les experts du GIEC, lorsque les enfants nés cette année auront trente ans, le monde sera déjà irrémédiablement dégradé, soumis aux pénuries d’eau, aux exodes, à la malnutrition et à l’extinction d’espèces. En 2050, que dirons nos enfants et petits-enfants de nous et de notre inaction climatique alors que nous savions et que nous n’avons rien fait ?

Nous refusons d’accepter le changement vital qui s’impose à nous ; changement de mode de pensée, de mode de vie, de ce système capitaliste qui épuise l’humain, le vivant, les ressources et la planète au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre.

À la place, on nous dit que le chemin est long, qu’il faut maintenir nos efforts qui ressemblent à des petits sparadraps qu’on utiliserait pour arrêter une hémorragie massive.

Pourtant, nous sommes la dernière génération de femmes et hommes politiques à pouvoir agir avant qu’il ne soit trop tard pour les limites planétaires, pour certaines déjà dépassées.

À l’inverse, ce projet loi n’est pas à la hauteur, il est même déjà obsolète.

Il est déjà minuit et quart.

Et en cette heure tardive, comme toujours, vous n’avez écouté que vous-mêmes et vos peurs d’une rupture radicale pourtant nécessaire.

Vous ignorez ceux qui se mobilisent : les associations, les syndicats, la jeunesse, et même les citoyens de la Convention citoyenne pour le climat que vous aviez missionnés. Les propositions qu’ils ont construites, y mettant du temps, de la réflexion, de l’énergie, mais aussi de l’espoir, vous les piétinez avec ce projet de loi.

Le mot d’ordre des débats sur ce texte, c’était l’évitement.

Nous avons échangé des heures sur l’agriculture, pourtant vous avez réussi l’exploit d’éviter les sujets du revenu paysan et de la PAC. Au niveau de la PAC, le régime qui rend possible l’utilisation des pesticides sera rétribué au même montant que l’agriculture biologique. La suppression des aides au maintien en agriculture biologique ne sera pas compensée, et les aides au développement des protéines végétales ne seront pas suffisantes pour mettre fin aux importations de soja, destinées à l’alimentation des élevages industriels. Et que dire enfin de l’attentisme interminable face au fléau des engrais azotés ?

Nous avons discuté des heures sur les repas bio ou végétariens alors que se multiplient les accords de libre-échange mortifères responsables de l’augmentation du trafic de marchandises, de la déforestation, du dumping social et écologique. Mais vous les maintenez sans sourciller et évitez, une fois encore, de vous confronter à cette question.

Ensuite, vous avez évité de prendre en compte les engagements internationaux de la France, avec l’objectif de diminution de 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 – alors que l’Union européenne s’est récemment engagée à les diminuer de 55 % à cet horizon afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

Certes, des amendements visant à rehausser l’ambition générale du projet de loi, le faisant passer d’une réduction de 40 à 55 % d’émissions de CO2 d’ici 2030 ont été adoptés. Toutefois, selon le Haut Conseil pour le climat, « ce texte n’engage aucun changement structurel nécessaire. Une proportion élevée de ses dispositions voit sa portée réduite par un périmètre d’application limité ». Le constat est sans appel : en l’état des mesures prises, la France n’atteindra pas ses objectifs.

De la même manière, nous nous sommes émus des problématiques de partage des usages de l’eau, car nous savons que le stress hydrique est une donnée incontournable, et dans le même temps le gouvernement a accepté, voire orchestré, la privatisation de l’eau potable en France avec l’affaire Suez-Véolia.

Concernant les entreprises et les banques, le gouvernement et la majorité sénatoriale restent dans le déni.

Pourtant, un rapport des Amis de la Terre et d’Oxfam documente l’absence d’engagement des établissements bancaires dans la transition énergétique. Pire, ils soutiennent à hauteur de 100 milliards de dollars de financements les entreprises actives dans les énergies fossiles. Il n’y a rien dans ce texte pour les contraindre vers la décarbonation de leurs activités.

Et enfin, et surtout, vous avez évité un élément fondamental ; la justice sociale. Alors que les inégalités explosent, vous ignorez toujours les plus précaires, ceux qui seront les plus touchés par les crises à venir. Tout le monde attend que nous mêlions justice climatique et justice sociale ; car nos concitoyens se soucient de l’état de la planète ! Tout le monde aimerait pouvoir la préserver. La transition doit être accessible à tous.

L’évitement, donc, du début à la fin.

Rien sur le travail et le partage du temps de travail, rien sur le partage de la valeur ajoutée dans l’agroalimentaire en particulier ; refus de taxer les transactions financières, de mettre les moyens pour combattre la déforestation importée ; en termes de logement, seuls des objectifs à très long terme alors que la rénovation des bâtiments est fondamentale. Rien sur le service public ferroviaire et les trains d’équilibre du territoire.

Et la liste n’est pas exhaustive.

Il faut reconnaitre que le Sénat, sur certains points, a amélioré le texte initial : en matière de publicité pour les véhicules polluants, d’intégration des impacts sociaux et du respect des droits humains dans l’affichage environnemental, de TVA réduite sur les billets de train à 5,5 %, d’exclusion d’entreprises qui ne satisfont pas à l’obligation d’établir un plan de vigilance de certains marchés. Cependant, certains reculs sont inacceptables, comme sur les ZFE, alors que les morts prématurées liées à la pollution de l’air ne sont plus contestables. Que dire encore de la gestion des installations Fret qui pourront être externalisées, actant un peu plus la casse de SNCF réseaux.

Il n’est plus possible de croire que sans remise en cause du dogme de la concurrence libre et non faussée, ainsi que de l’idée d’un monde sans limites, nous puissions répondre aux enjeux climatiques et environnementaux.

Oui, un texte qui porte l’ambition d’un changement de société doit mettre au cœur du débat les biens communs et le service public. Nous avons réussi l’exploit de parler d’énergie pendant des heures, alors qu’en même temps, vous vous apprêtez à démanteler et privatiser une partie des activités d’EDF.

Pour résumer, il est déjà minuit trente pour la planète. Votre coup de com’ visait à tout changer pour finalement que rien ne change. C’est pourquoi nous voterons contre ce projet de loi.

Source : Groupe CRCE

Cet article a 1 commentaire

  1. Je n’ai qu’un mot à dire : BRAVO FABIEN!

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