Démocratie

[Sciences Po] « Le tirage au sort assure une représentativité plus forte que le vote »

Le tirage au sort serait-il la solution miracle pour restaurer la confiance des citoyens envers leurs représentants ? Ce système, né dans la Grèce antique et abandonné par les démocraties modernes, revient sur le devant de la scène.

Émile, le magazine des alumni de Sciences Po, est allé à la rencontre du chercheur Gil Delannoi, spécialiste des procédures démocratiques, du nationalisme, du libéralisme et de la pensée politique au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Il a publié, en février dernier, l’ouvrage Le Tirage au sort. Comment l’utiliser ?

Pour lui, le tirage au sort est un instrument aussi souple et divers que le vote : il peut être obligatoire ou non, se réaliser sur la base du suffrage universel ou sur une base plus étroite, etc. La principale différence entre les deux procédures est l’opération, puisque le vote additionne les voix tandis que le tirage au sort soustrait des éléments à un ensemble.

« La bonne formule doit être adaptée à la finalité recherchée. La plupart de nos systèmes démocratiques ne pratiquant pas le vote obligatoire, on pourrait préconiser que le tirage au sort soit plutôt facultatif. Reste à choisir s’il est facultatif avant le tirage (on peut refuser d’être sur la liste) ou après le tirage (on vous demande si vous acceptez la tâche confiée par le sort). C’est la deuxième option qui a été retenue pour les conférences du « grand débat ». Cette procédure est plus économique » affirme t-il.

Il imagine un système de trois assemblées dont une seule serait élue : « elle aurait le dernier mot, comme notre Assemblée nationale. À côté, je suggère une assemblée populaire tirée au sort sur la même base que celle du suffrage universel, ce qui permettrait une réelle représentativité du peuple. Elle serait consultative, au moins dans un premier temps, afin de tester ce système. Il faudrait qu’il y ait des contacts entre cette assemblée et le pouvoir exécutif pour restaurer une confiance entre les dirigeants du pays et la population. Mais le tirage au sort peut aussi avoir un usage que l’on peut qualifier d’élitiste, et on peut imaginer un Sénat tiré au sort parmi une base réduite et qualifiée. Pour conserver l’idée d’un Sénat composé de citoyens ayant de l’expérience, il faudrait donc avoir déjà fait ses preuves dans la société civile pour l’intégrer. Il serait nécessaire d’avoir un certain âge et d’avoir contribué sous diverses formes à la société publique et civile. Imaginons par exemple un pourcentage de diverses professions, d’universitaires, de syndicalistes, d’entrepreneurs, d’élus des territoires, etc. C’est un usage élitiste qui réintroduit de l’égalité et de l’impartialité dans l’accès à la délibération et à la législation, puisqu’il n’est pas fait selon une affiliation partisane et prolongée, tout en gardant une expertise. »

En savoir plus

Une Conférence s’est tenue sur ce thème le 7 octobre à Sciences Po. (Le Fil des élu·e·s y reviendra prochainement)

 

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