Enquête d'opinion

[Point de vue] Le sondage, un mauvais outil pour comprendre la société

Depuis leur introduction à la fin des années 1930 en France, et surtout leur application à partir du milieu des années 1960 au cas électoral, les sondages ont pris une place croissante dans le débat public. Pas un jour ne passe sans qu’un média ne rende compte d’une enquête. Les sondages partent d’un principe d’économie : observer un échantillon d’une population permet, en extrapolant, de porter un regard sur l’ensemble de la population avec une marge d’erreur statistiquement définie, pour une question précise à un moment donné. La plupart des enquêtes sont réalisées par des entreprises privées à des fins commerciales pour anticiper les ventes d’un produit et leurs résultats ne sont pas divulgués. De plus en plus de sondages publiés sont réalisés pour leur seule médiatisation par un groupe de pression, un « think-tank », une institution ou un média lui-même. Au fond, toutes ces enquêtes ont peu de valeur, mais leur influence dans la société pose question.

Les sondages posent des problèmes de réalisation. L’amélioration des systèmes de traitement de l’information permet d’aller plus vite et d’être plus précis. Les méthodes actuelles sont beaucoup plus élaborées qu’à l’origine. Mais la technique se heurte aux transformations socio-démographiques. Constituer des échantillons « représentatifs » n’est pas simple : comment trouver des personnes âgées dans une enquête réalisée par Internet quand presque la moitié des 70 ans et plus n’ont pas d’ordinateur à la maison (données Crédoc 2020) ? Pour représenter fidèlement les milieux sociaux, le sondeur doit classer les personnes en fonction de leur déclaration, qui n’entre pas forcément dans la nomenclature de l’Insee en catégories socioprofessionnelles. L’opération est encore plus périlleuse pour les chômeurs qui doivent être associés à leur catégorie sociale d’avant leur perte d’emploi, mais dont une partie est, en pratique, déclassée. La population est très sollicitée et de plus en plus sensible à la diffusion de données la concernant. Cette pratique entraîne des refus de réponse dont le niveau est très peu souvent publié. Pour parer à tout cela, le sondeur « redresse » l’échantillon. En fonction de résultats d’enquêtes précédentes et des réponses des populations sous-représentées, il modifie les résultats. Ce redressement est juste car il permet d’être plus proche de la réalité, mais l’imprécision demeure.

La façon de formuler les questions détermine en partie la réponse, mais les termes précis de la question ne sont presque jamais présentés quand le sondage est médiatisé. La question « faut-il réduire les impôts ? » appelle presque toujours « oui ». Si on ajoute « et les allocations familiales ou les retraites ? », la réponse ne sera pas la même. Une expérience, menée par le ministère des Affaires sociales sur l’opinion concernant le niveau des dépenses consacrées à la protection sociale (voir encadré), en dit long : des libellés différents débouchent sur une réponse identique… Tout simplement parce que les sondés n’ont aucune idée de ce que représentent les valeurs indiquées dans l’enquête. Ils ne répondent pas à la question posée.

Au sommaire :

  • Toutes les opinions se valent ? ;
  • Qu’est-ce qui pose problème ?

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