Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS et sociologue, analyse la méthode du pilotage renforcé que Christophe Castaner (voir le Fil des Elu.e·s du 18 septembre)  souhaite généraliser au niveau national. Pour lui,  cette stratégie n’a des effets qu’à court terme, et ne permet pas de régler les problèmes de fond inhérents aux trafics de stupéfiants. « Tant qu’on restera dans la prohibition et la répression, on échouera », assure Laurent Mucchielli dans un interview à « 20 minutes ».

Il explique que « si on voulait réduire vraiment beaucoup les trafics de drogues et le narco-banditisme, alors il faudrait sortir de cette vision étriquée pour aborder le problème dans toutes ses dimensions. Cela supposerait au moins trois choses.

  • Premièrement, privilégier non pas l’arrestation des petits délinquants que sont les équipes de revendeurs de cités, mais celle des vrais gros délinquants que sont les trafiquants internationaux qui se cachent derrière et qui maîtrisent le lien avec les producteurs et la question du transport des drogues. Et pour cela, ce ne sont pas des CRS supplémentaires qu’il faut, mais des enquêteurs de police judiciaire et des magistrats. Or ils manquent cruellement.
  • Deuxièmement, il faudrait agir parallèlement pour réduire la demande (la consommation), dans une approche médicale, sociale et éducative. Ceci suppose sortir de la simple prohibition et ouvrir le vrai grand débat sur la réglementation des drogues, c’est-à-dire la légalisation sous conditions, avec des règles. Nous serons bientôt un des derniers pays occidentaux à être incapable de le faire, sans doute à cause du très haut degré de politisation de tout ce qui touche à la sécurité dans notre pays.
  • Troisièmement, comme le disent beaucoup de policiers, si on légalise le trafic de drogues, beaucoup de petits trafiquants vont se retrouver au chômage et risquent de se reconvertir dans d’autres formes de délinquance. C’est pourquoi il faut un « plan social », comme lorsqu’on ferme une usine et qu’on ne veut pas que tous ses employés se retrouvent au chômage. Les réseaux se reforment très vite parce que le réservoir de jeunes en échec scolaire et/ou au chômage est juste énorme dans les quartiers pauvres, à Marseille comme ailleurs. Tant que l’on cachera sous la table ces trois dimensions majeures du problème, on ne changera rien au fond du problème.