Politique

Fabien Gay : aujourd’hui, c’est homard et grands crus pour les riches et faux steaks et escalopes à l’eau pour les pauvres

Une tribune de Fabien Gay Sénateur PCF de Seine-Saint-Denis

« Après les « faux steaks hachés » à base d’abats, de soja et de viandes déjà transformées, c’est au tour des « escalopes de poulet gorgées d’eau » distribuées dans le cadre du Fonds européen d’aide aux plus démunis de faire scandale.

À la suite de la remise de notre rapport sénatorial sur ce scandale des « faux steaks », l’État a multiplié les contrôles, sans quoi nous n’aurions sans doute jamais eu connaissance de ces escalopes à l’eau. Mais combien de scandales restent à venir ? Les contrôles doivent être rendus publics.

Comment en est-on arrivé à cette situation choquante qui voit l’État faire distribuer de la nourriture de mauvaise qualité aux citoyens les plus démunis ? Les travaux que nous avons menés au sein de la commission des Affaires économiques du Sénat en juillet dernier ont mis la lumière sur les coulisses de ces marchés publics financés par le contribuable européen.

Ils sont en réalité l’apanage de traders professionnels spécialisés, autrement dit des boîtes aux lettres, déléguant la production à des fournisseurs le plus souvent étrangers afin d’obtenir les prix les plus bas. La réalité est que l’État cautionne cette course au moins-disant tarifaire en ne mentionnant aucun critère relatif à la qualité des produits dans ses appels d’offres. Plus grave encore : personne ne peut aujourd’hui renseigner la traçabilité des viandes distribuées dans le cadre des marchés publics intra-européens. Comment donc croire le gouvernement lorsqu’il affirme que la traçabilité sera assurée avec le Ceta et le Mercosur ? Sans compter qu’il n’y a aucun test gustatif sur les produits, que les contrôles sont inexistants chez des fabricants douteux… L’État ferme les yeux quand il achète et s’étonne des résultats une fois que le scandale a éclaté. C’est sans parler des contrôles administratifs, qui visent davantage la gestion administrative des associations que la qualité des produits distribués. Car l’administration semble considérer que les associations sont seules responsables de la qualité des produits qu’elles distribuent… au nom de l’État !

Certes, l’État vient d’annoncer un renforcement des contrôles : mais où en est-on sur les critères de qualité ? Sur l’octroi de marchés directement à des producteurs ? Sur la transparence des autocontrôles des fabricants ?

Pour répondre à ces questions essentielles, nous avons formulé dix-huit propositions concrètes. Elles sont connues depuis déjà deux mois. Qu’attendent la ministre de la Santé et le ministre de l’Agriculture pour agir ? Un autre scandale, sanitaire cette fois ? Le prix de cette attente, ce sont des bénévoles déboussolés, des associations esseulées face à des problèmes de stockage, et qui doivent financer par elles-mêmes des substituts. Il y a urgence à leur octroyer une aide, car ce n’est pas aux associations de financer les erreurs et les défaillances de l’administration.

Le gouvernement n’a plus le droit de se désintéresser du sujet. D’autant que cette affaire pourrait être l’arbre qui cache la forêt. La question est de savoir si tout le monde a droit à de la nourriture de qualité. Or, aujourd’hui, c’est homard et grands crus pour les riches et faux steaks et escalopes à l’eau pour les pauvres. Cela n’est pas acceptable et cette fracture pourrait s’aggraver avec la multiplication d’accords de libre-échange, en réservant le bio et le local pour quelques-uns et en condamnant le plus grand nombre à manger de la nourriture venue des quatre coins du monde, sans garantie de qualité. Il est urgent d’agir ! »

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