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Déconfinement : « Les maires considèrent que l’État a été absent » affirme Ian Brossat

La Coopérative des élu.e.s communistes et partenaires a enquêté auprès des maires qui en sont membres sur la préparation du déconfinement et la gestion de la crise sanitaire. Entre colère, détermination et exigence, Ian Brossat, le président de l’association, en dresse le bilan.

Nombre de maires pointent des problèmes liés à la question des masques. Quelles sont les principales critiques et est-il encore temps de redresser la barre ?

Ian Brossat La centaine de maires qui nous a répondu considère unanimement que dans cette affaire l’État a été absent. Nombre d’entre eux parlent d’une gestion « lamentable »« consternante »« catastrophique » ou encore « calamiteuse ». L’un d’eux va même jusqu’à dire, reprenant la métaphore du président de la République : « On nous envoie en guerre, sans les armes. » Dans le même temps cependant, une grande majorité de communes déclarent qu’elles auront les masques, parfois en retard certes. Les communes permettent cet accès à un équipement minimal. Mais au vu du risque que l’épidémie s’installe pour les mois à venir, il va bien falloir que l’État prenne le relais et assume pleinement ses responsabilités. C’est la raison pour laquelle le Parti communiste réclame le remboursement des masques par la Sécurité sociale. Il n’est pas normal que des familles aient à consacrer parfois 100-150 euros de budget pour se protéger et protéger les autres.

La réouverture des écoles a suscité de nombreuses inquiétudes. Quel bilan de la préparation de ce déconfinement ressort de votre enquête ?

Ian Brossat Les maires soulignent unanimement que cette affaire, elle aussi, a été très mal gérée par l’État. 70 % d’entre eux considèrent que l’ouverture des écoles au 11 mai a été prématurée. Ce taux est particulièrement élevé dans les communes rurales. Dans les communes populaires de la métropole parisienne, les maires considèrent que l’absence d’école pendant une longue période dans ces quartiers pèse très lourdement sur la vie des enfants de milieux modestes. C’est l’une des motivations qu’ils pointent pour la réouverture des écoles. Tous considèrent que l’État ne leur a pas donné de consignes claires et facilement applicables. Néanmoins, et c’est là encore un paradoxe, 63 % d’entre eux déclarent être en mesure de rouvrir cette semaine. Cela témoigne de l’esprit de service public qui les anime. Ils réussissent grâce à leur énergie, leur dévouement et celui des agents à assumer des responsabilités qui au départ ne devraient pas leur incomber.

Les maires, en première ligne, font face à une autre question, celle des moyens financiers grevés par des dépenses imprévues. Quel est l’état des lieux et qu’attendez-vous du gouvernement ?

Ian Brossat L’impact est doublement négatif. D’une part, des dépenses supplémentaires interviennent à court terme avec les masques, la désinfection des écoles, l’adaptation des locaux, etc., comme à moyen terme avec l’augmentation des dépenses sociales. Dans le même temps, les recettes vont très sérieusement baisser. Les estimations sont claires : les pertes cumulées des collectivités territoriales en 2020 et 2021 risquent de s’élever à 4,9 milliards d’euros parce que leurs ressources sont très liées à la conjoncture. Il va y avoir un vrai choc sur leurs finances. On ne peut pas leur demander de faire toujours plus avec toujours moins. Le gouvernement – qui a redécouvert les maires à l’occasion de la crise des gilets jaunes et qui les a re-redécouverts à l’occasion de cette crise du coronavirus – va devoir donner des moyens nouveaux aux collectivités territoriales pour faire face. Les élus communistes travaillent en ce moment avec nos sénateurs à une proposition de loi à cette fin, notamment via un fonds de soutien de 4,9 milliards d’euros sur deux ans.

L’organisation au mois de juin des élections municipales trouve de nombreux soutiens. Quelle est votre position ?

Ian Brossat Nous disons une chose assez simple : la décision relative aux élections municipales doit être guidée par des impératifs sanitaires et non pas politiciens. C’est pourquoi nous étions très hostiles à l’idée d’un report de ce scrutin au mois de mars 2021, couplé aux régionales, qui circulait il y a encore quelques mois. Nous souhaitons que le gouvernement s’en tienne au calendrier prévu. Si sur la base du rapport des autorités sanitaires qui doit être rendu le 23 mai il apparaît possible de tenir le deuxième tour à la fin juin, nous y sommes favorables.

L’argument économique est aussi avancé, peut-il s’entendre ?

Ian Brossat Si les écoles, les magasins, les chantiers peuvent reprendre, il n’y a aucune raison que les élections municipales ne puissent pas se tenir, sauf contrordre des autorités sanitaires. Il est également vrai que les collectivités territoriales par leurs investissements contribuent très largement à l’économie, et notamment pour le BTP. Or, de fait, tant que le deuxième tour n’a pas lieu dans les 5 000 communes concernées, qui représentent 40 % de la population, une bonne part des projets sont à l’arrêt et cela pèse notamment sur ce secteur très pourvoyeur d’emplois.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui pour le journal l’Humanité du jour.

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